La Feuille d'érable

le 3 juin 2009
vol 12, numéro 21

Corriger le tir

Pouvez-vous relever le défi?

C’est vrai, certains dictionnaires consignent désormais la nouvelle acception du mot défi, dont le grand Multidictionnaire des difficultés de la langue française, qui en propose la définition suivante : « [une] difficulté que l’on doit surmonter ». Certains parleront d’un enrichissement linguistique, d’autres d’un appauvris­sement, puisqu’en employant défi comme on se sert, en anglais, de challenge, dont le sens était beaucoup plus large que le substantif français, on évite de nombreux autres mots qui désignent mieux ce que l’on souhaite exprimer. En ajoutant inutilement un mot au lexique français, on en éclipse plusieurs. J’estime qu’il s’agit d’un appauvrissement. Pourquoi ne pas utiliser, au lieu de défi, lorsqu’on désigne un
obstacle à surmonter, des mots et des expressions comme difficulté, problème, entreprise difficile, épreuve, tâche difficile, dont regorge l’utile Guide anglais français de la traduction, de René Meertens?

La difficulté et la précision du français font sa beauté et lui confère son prestige. Notre langue ne peut rivaliser avec l’anglais, qui est régi très souplement par des règles de plus en plus malléables. L’ignorance du lexique du français et l’emprunt inutile – et je dis bien inutile, car de nombreux emprunts sont avantageux – de mots et de significations étrangères, comme c’est le cas de défi, ne peuvent que nuire au français. Je vous mets donc au défi. Tentez d’utiliser un autre mot que défi lorsque vous désignez un obstacle ou un problème à surmonter. Notre langue ne s’en portera que mieux.